Darlyne Proctor, gestionnaire chargée de la réduction des déchets pour la Ville de Colchester, en Nouvelle-Écosse, et Michael Buchholzer, directeur des services environnementaux de la Ville de Yorkton, en Saskatchewan, sont tous deux conseillers techniques en gestion des déchets solides (GDS) dans le cadre du Projet de soutien aux municipalités de la Jordanie. Au cours des deux dernières années, ils ont aidé les municipalités jordaniennes à améliorer leurs services de GDS en réalisant des contrôles des déchets solides et en élaborant des plans de GDS.  

Mme Proctor et M. Buchholzer examinent les retombées de leur travail sur les municipalités en Jordanie.


Ahlan wa Sahlan est une phrase qu’on entend souvent en Jordanie. Elle signifie « bienvenue ». À titre de conseillers techniques en gestion des déchets solides pour le Projet de soutien aux municipalités de la Jordanie (PSMJ), nous avons assurément été accueillis chaleureusement lors de notre première mission! C’était en octobre 2018, et nous avons atterri à Amman peu après la fin d’une grève des éboueurs qui avait duré huit jours. Les éboueurs demandaient un meilleur salaire, un régime d’épargne et des avantages qui leur avaient été promis deux ans plus tôt. Lorsque nous sommes arrivés, il y avait beaucoup de détritus, de décharges illégales et d’ordures brûlées, ce qui causait des problèmes sur le plan de la santé publique, de l’environnement et de la sécurité.

Et pourtant, tout juste un an plus tard, nous avons le plaisir de pouvoir rendre compte de résultats incroyablement positifs : les municipalités jordaniennes ont une meilleure connaissance de la GDS, reconnaissent le besoin de disposer de bonnes données et comprennent pourquoi le changement de comportement des citoyens est un élément clé de tout plan de GDS.

Venir à bout de la résistance au processus

Lorsque nous avons commencé à travailler dans le cadre du PSMJ, nous avons été confrontés à beaucoup de frustration et de scepticisme face à la stratégie du projet. Les fonctionnaires municipaux jordaniens étaient en pleine crise : la grève des éboueurs avait sérieusement ébranlé la confiance du public et ils devaient rapidement montrer des progrès. Comment le contrôle de la gestion des déchets allait-il pouvoir les aider?

À ce moment, la stratégie du PSMJ semblait longue et ardue, car du temps, des ressources et de l’engagement sont nécessaires pour mener à bien un contrôle des déchets fiable, interpréter les données et élaborer un plan de gestion des déchets solides conforme aux réglementations nationales. Il était tout particulièrement difficile de transmettre aux petites municipalités rurales l’importance d’adopter une telle approche méthodique. Avec un effectif restreint et sans aucune formation particulière en gestion des déchets solides, l’analyse et l’étude des ordures constituaient un sujet tout nouveau.

Lors de nos premiers échanges avec les employés municipaux, nous avons constaté que ceux-ci voulaient avant toute chose obtenir une aide financière (pour acheter des poubelles et de nouveaux camions compacteurs à déchets et pourvoir à leur entretien) et recevoir des fonds pour le recyclage ou d’autres projets. Ils voulaient des solutions rapides et faciles à montrer au public.

Dialogue entre pairs et partage d’expériences

Notre priorité était d’aider les fonctionnaires municipaux à comprendre que la gestion des déchets solides n’est pas juste une question de nouveaux compacteurs et de poubelles. Il s’agit de comprendre les déchets produits par une collectivité afin de pouvoir répondre aux besoins les plus immédiats.

Mais il nous fallait d’abord établir un lien de confiance avec nos partenaires jordaniens. Afin de travailler véritablement en collaboration et de partager notre processus, nous devions comprendre leur point de vue et leur contexte. Grâce à cet échange, nous avons réalisé que nous avions beaucoup d’expériences et de défis en commun, à des échelles différentes. Après avoir jeté les bases d’un solide partenariat de travail, nous avons été en mesure de mieux expliquer l’importance de l’approche du PSMJ et de mettre en œuvre les pratiques avec plus de facilité.

Lors de notre première mission en octobre 2018, nous avons formé le personnel de six municipalités sur la réalisation d’un contrôle de gestion des déchets. Aucun de ces employés n’en avait réalisé jusque-là. À la fin de ce premier rapprochement, les municipalités savaient non seulement réaliser leurs propres contrôles, mais elles pouvaient également partager leurs connaissances avec d’autres municipalités et leur apprendre à effectuer cette tâche. Nous avons aussi formé le personnel du PSMJ au contrôle de la gestion des déchets afin qu’il puisse assurer un soutien pratique après notre départ.

En octobre 2019, le PSMJ a organisé une visite d’étude pour permettre à six membres du personnel municipal jordanien d’assister à la conférence sur la gestion des déchets côtiers à Victoria et de participer à des visites d’étude avec le district régional de la capitale, notamment sur un site d’enfouissement local et à une installation de compostage. Nous avons eu beaucoup de plaisir à nous retrouver avec le personnel municipal jordanien, dont nous connaissions déjà certains membres. Cette fois, nos discussions ont pris un tour très différent. Au lieu de nous concentrer sur le nouvel équipement, nous avons parlé du réacheminement des déchets organiques par l’entremise d’initiatives de compostage. Nous avons constaté avec satisfaction la grande différence qu’avaient faite nos premières conversations et formations.

Des résultats visibles, des réussites mesurables

En novembre 2019, nous sommes retournés en Jordanie pour contribuer à la réalisation d’autres contrôles de gestion des déchets et poursuivre nos discussions avec le personnel sur la planification et la prestation de services en matière de GDS.

« …cette fois, les participants n’étaient pas sceptiques, mais engagés »

Lors d’une réunion avec la municipalité de Sheehan, une petite collectivité rurale de 23 000 habitants, nous avons rencontré le maire, les membres du conseil, le personnel municipal, les membres de la collectivité et des représentants du ministère national. Nous avons présenté le processus du PSMJ qui consiste à améliorer la gestion des déchets solides et, cette fois, les participants n’étaient pas sceptiques, mais engagés. Nous leur avons expliqué que nos villes faisaient face à des défis semblables et que nous avions utilisé ce processus pour relever ces défis. La présentation interactive a suscité de nombreuses questions et discussions parmi les élus municipaux et le personnel technique. C’était là une différence notoire par rapport à ce que nous avions connu un an plus tôt.

« Ce changement d’attitude n’était autre que le résultat du modèle de formation et de renforcement des capacités du PSMJ. »

Ce changement d’attitude n’était autre que le résultat du modèle de formation et de renforcement des capacités du PSMJ. Cette approche prend plus de temps et n’est pas spectaculaire, mais elle est plus durable et mène en fin de compte à un changement à plus long terme. Le PSMJ adapte sa formation aux besoins de ses municipalités partenaires et le personnel est en mesure d’offrir sur le long terme un soutien fiable et de haute qualité aux municipalités. Les Jordaniens aident leurs concitoyens, et les connaissances et les capacités de tout le monde s’en voient renforcées. 

Le personnel municipal d’Al Jezah, l’équipe du PSMJ, de même que Darlyne Proctor et Michael Bucholtz célèbrent l’excellent travail entourant la réalisation d’un contrôle de déchets.

Et ensuite? Éducation, engagement et dynamisation

L’engagement des collectivités, qui représente un élément essentiel de l’élaboration d’un plan de gestion des déchets solides, est la prochaine étape pour les municipalités jordaniennes. Pour la plupart d’entre elles, ce sera la première fois qu’elles engageront leurs collectivités dans la GDS.

C’est l’occasion de recueillir les commentaires des membres de la collectivité, comme les écoles et les chefs religieux, et de s’assurer que toutes les stratégies de gestion des déchets tiennent compte des besoins de la collectivité.

Nous avons hâte de retourner en Jordanie et de continuer à soutenir nos collègues jordaniens dans la mise en œuvre de leurs plans de gestion des déchets solides.

 

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