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Fonds municipal vert

Entrevue avec Jamie Hodge et Joe McGowan, Ville de Cranbrook, C.-B

Les installations servant à la conservation de l'eau et au traitement des eaux usées sont parmi les infrastructures les plus importantes d'une municipalité. Non seulement un approvisionnement en eau sûr protège la santé et la sécurité de ses citoyens, mais il a aussi une incidence le développement économique local. La Ville de Cranbrook, C.-B., reconnait cette priorité et a décidé d'agir.

La ville souhaitait améliorer la qualité de ses effluents traités et réduire sa consommation d'énergie et ses émissions de GES. Pour atteindre cet objectif, elle a mis sur pied un projet en vue d'installer des pompes plus efficaces et mettre en place des technologies de vaporisation à basse pression contrôlées par ordinateur et des systèmes d'aération à diffuseurs de fines bulles d'air dans  les bassins de traitement.  Le projet répond également  aux besoins des secteurs de l'élevage et de l'agriculture en recyclant les eaux usées pour irriguer les terres fourragères précieuses dans les conditions semi-arides de la région, et préserver un important habitat faunique. L'initiative a valu à la ville un Prix des collectivités durables de la FCM en 2012 dans la catégorie « Eau ».   

Nous nous sommes entretenus avec Jamie Hodge, directeur des services de génie et ingénieur municipal, et Joe McGowan, directeur des travaux publics, à la Ville de Cranbrook, C.-B., au sujet de leur projet primé.

FCM : Pourquoi la ville a-t-elle décidé de mettre en œuvre ce projet novateur d'amélioration des eaux usées?

Photo Jamie Hodge, directeur des services de génie et ingénieur municipal  Jamie Hodge : La Ville de Cranbrook a un système d'irrigation par aspersion qui a été construit à la fin des années 1970. Ce système était innovateur à l'époque, mais il n'a pas été bien entretenu ni amélioré depuis ce temps. À la fin des années 1990, le système d'irrigation et le système d'égout devaient être réparés. La société ferroviaire CP s'était plainte que ses rails étaient recouverts de résidus et elle en attribuait la cause au système d'irrigation. Le ministère de l'Environnement de la C.-B. a donc réglementé la quantité d'eau que la ville pouvait stocker. Le vieux système de Cranbrook ne pouvait donc plus satisfaire de manière fiable aux normes du ministère, surtout pendant l'hiver. En 2008, le conseil municipal a décidé d'agir; non seulement de se conformer à la loi, mais également de mieux servir les citoyens de Cranbrook. Plusieurs possibilités ont été envisagées, mais elles étaient toutes irréalisables.    

FCM : Avez-vous eu de la difficulté à convaincre la ville d'opter pour ce choix?

Jamie Hodge : Il a fallu quelques années pour convaincre le conseil, mais une fois que nous avons eu son appui, il nous a encouragés à aller encore plus loin. Le coût total du projet était aussi plus élevé que prévu, mais la ville a pu le financer grâce à une combinaison de sources de financement.

Remarque : Ce projet a bénéficié d'une aide financière du Fonds municipal vert de la FCM.

FCM : Quelles ont été les étapes de la mise en œuvre de ce projet?

Jamie Hodge : Lorsque la ville a constaté qu'il fallait faire quelque chose, nous avons décidé d'aborder positivement le problème des eaux usées en adoptant une approche à long terme. Nous avons procédé à un exercice de visionnement, en imaginant où nous envisagions la ville dans 50 ans et ensuite nous avons travaillé à rebours pour trouver les bonnes solutions.

La deuxième étape consistait à établir des partenariats, une toute nouvelle approche pour Cranbrook. Nous avons une eau de bonne qualité, d'excellentes terres et des gens qui peuvent s'en occuper. Nous avons donc préparé une proposition décrivant le problème actuel qui comprenait une série de concepts et qui permettait à chaque partenariat d'améliorer la situation. En nous en remettant à dame nature et aux éleveurs, nous avons pu transformer un lopin de terre sans valeur en quelque chose d'une grande valeur. L'équipe du projet a présenté sa proposition au conseil municipal. Non seulement le conseil l'a approuvée immédiatement, mais il voulait l'amener encore plus loin.

Dès que le conseil a approuvé le projet, nous avons lancé un appel de propositions. Le but était de faire appel à différents types d'expertises pour réaliser notre vision sur un horizon de 50 ans. Nous avons également décidé d'effectuer un exercice visant à déterminer valeur en rassemblant des experts pour partager leurs connaissances et nous avons préparé un rapport qui renfermait des idées et qui décrivait comment les mettre en pratique. Le résultat final a été le nouveau système d'égout.

FCM : Comment avez-vous obtenu l'appui de votre conseil?

Jamie Hodge : Le conseil municipal a demandé à notre équipe d'être plus rigoureux que les critères prévus dans les règlements du gouvernement de la Colombie-Britannique. Le fait que nous nous sommes concentrés davantage sur un modèle de partenariat plutôt qu'un modèle technique qui maintiendrait le statu quo est devenu un élément de fierté pour les intervenants provinciaux. Ils étaient prêts à investir (de l'argent ou des ressources) dans notre vision parce que tout le monde apprendrait et bénéficierait du projet. Le fait que le modèle pouvait être reproduit dans d'autres services municipaux nous a également aidés à obtenir l'appui du conseil.

FCM : Comment avez-vous fait participer la collectivité?

Jamie Hodge : Nous avons utilisé différentes voies de communication pour informer la collectivité au sujet de notre projet de système de traitement des eaux usées. Nous avons conclu que les assemblées publiques n'étaient pas la meilleure approche, puisque les citoyens ne pouvaient pas tous y assister. Nous avons affiché beaucoup d'information au sujet du projet sur notre site Web et c'est le principal véhicule qui nous a permis de tenir la population informée. Les médias ont également fait état des progrès du projet.

Nous avons trouvé que la meilleure façon de rejoindre les citoyens était de leur inculquer un sentiment de fierté à l'endroit du projet. La population commence à mieux comprendre l'importance d'avoir un bon système de traitement des eaux usées et son incidence sur la qualité de l'eau et du sol. Nous avons donc présenté notre candidature à plusieurs prix dans le secteur de la gestion de l'eau et du traitement des eaux usées. Nous offrons également des visites gratuites de notre système de traitement des eaux usées à nos étudiants et nos citoyens, à d'autres collectivités et à des experts, et nous prévoyons inviter des étudiants en agriculture à venir étudier notre projet.

FCM : On dit souvent qu'une approche d'équipe est nécessaire pour réussir à adopter des mesures durables. D'après votre expérience, qui sont les principaux intervenants qui doivent participer au projet?

photo Joe McGowan, directeur des travaux publics Joe McGowan : Nos principaux intervenants sont la Ville de Cranbrook et ses citoyens. Ensuite, dame nature - nous devons réduire notre empreinte sur elle et nous dépendons de ses ressources. Ensuite, différents services municipaux ont participé, principalement ceux des travaux publics et du génie.   

Nos Premières nations ont également été un partenaire majeur. Certains des réseaux d'égout et des conduites d'eau étaient situés sur leurs terres et, sans leur appui, le projet n'aurait pu être réalisé. Les éleveurs et les agriculteurs ont également été des partenaires importants pour nous accorder le contrat de location et nous permettre d'utiliser le produit sur leurs terres.

Plusieurs ministères provinciaux ont aussi participé à ce projet, dont le ministère de l'Environnement (pour la surveillance des règlements), le ministère de la Mise en valeur des forêts, des terres et des ressources naturelles (les terres sur lesquelles le projet est réalisé sont administrées comme des terres de la Couronne) et le ministère du Développement communautaire, sportif et culturel, par le biais de la Division de l'infrastructure et des finances.

Nous avons également consulté Canards Illimités Canada pour ce projet. Nous voulons collaborer avec cet organisme pour préserver la qualité de l'habitat migratoire des oiseaux.

Un certain nombre d'experts ont aussi été consultés tout au long du projet.

FCM : Quels sont les coûts associés à ce projet?

Joe McGowan : L'objectif était de construire un émissaire d'évacuation à un coût estimatif d'environ 14,5 à 16 millions de dollars. Avec cet objectif en tête, nous avions la possibilité de rétablir d'anciens sites qui avaient besoin d'un peu de travail pour les ramener à un état fonctionnel raisonnable. À l'étape de la conception préliminaire , nous avons demandé à notre consultant de préparer un plan de projet  prêt pour aller en appel d'offres . Après une évaluation, nous avons découvert qu'il fallait faire davantage de travaux, alors le conseil a approuvé un montant additionnel de 3 millions de dollars.

Lorsque les travaux ont commencé, d'autres problèmes sont survenus, mais ils ont été considérés moins urgents et ils ont été intégrés à un plan de renouvellement des infrastructures de cinq ans. La ville a reçu une subvention de 8,5 millions de dollars du Fonds de la taxe sur l'essence (géré par l'UBCM). Reçu en janvier 2012, cet appui financier permettra à la ville d'amorcer des travaux pour régler les problèmes soulevés dans le plan quinquennal de renouvellement des infrastructures.

Dans l'ensemble, le projet a coûté 28 millions de dollars, mais il comprenait des réparations majeures au système qui autrement n'auraient pu être effectuées avant un certain temps.

FCM  : Qu'avez-vous appris de la mise en œuvre de ce projet? Votre expérience avec ce projet a-t-elle influencé d'autres initiatives dans votre collectivité?   

Joe McGowan : Certains de nos partenaires sont à Victoria, C.-B., et d'autres en Alberta. Il était donc important d'établir des voies de communication efficaces et claires, et de définir les rôles de chacun, ainsi que les relations hiérarchiques au sein de l'équipe, de même qu'avec les intervenants, les entrepreneurs, notre collectivité et les collectivités voisines. Il était important aussi de maintenir une bonne relation avec les organismes de réglementation provinciaux pour que nous puissions collaborer avec eux.

Nous avons également appris à reconnaître nos limites et à savoir comment les étirer. Nous avons trouvé qu'il était important de régler certains problèmes rapidement, et de nous éloigner du système de compartiments et de travailler ouvertement et en collaboration.

FCM : Qu'est-ce que les municipalités ont à gagner en adoptant des mesures novatrices pour les projets de traitement des eaux comme le vôtre?

Joe McGowan : Sur le plan personnel, nous sommes très fiers d'avoir travaillé à un projet qui constitue un service pour tout le monde et d'aider nos citoyens.

Sur le plan professionnel, en prenant des mesures novatrices, nous pouvons diriger la collectivité et amener toute l'expérience nécessaire au projet. Notre projet est durable, il a un faible impact sur l'environnement et il était abordable pour la ville.

FCM : Quel conseil donneriez-vous aux municipalités qui sont en voie de devenir des collectivités durables ou qui sont sur le point d'emprunter cette voie?

Joe McGowan : Notre premier conseil serait de vraiment penser à la façon dont vous percevez votre collectivité dans 50 ans et d'agir en fonction de cette vision, en adoptant une approche novatrice et en pensant au-delà des visions traditionnelles du milieu du génie. Faites quelque chose d'un peu différent des autres.  

Voyez la Ville de Cranbrook raconter l'historique de ce projet primé.

Mise à jour : 16/07/2013