Vous n'avez pas de compte? Ouvrez-en un maintenant

2000 Matières résiduelles – Gagnant ex æquo 1

Halifax, Nouvelle-Écosse

Une stratégie communautaire de gestion intégrée des déchets et des resources

Population : 350 000

La Municipalité régionale de Halifax (MRH), en collaboration avec des partenaires du secteur public et privé, a mis en place une stratégie innovatrice pour le tri à la source des déchets humides, secs et recyclables de sources résidentielles et commerciales. En vigueur depuis 1999, la méthode de Halifax offre une alternative écologique à l'incinération et à l'enfouissement de déchets bruts, et continue de susciter de l'intérêt à l'échelle nationale et internationale.

 

Contexte

 

La Municipalité régionale de Halifax en Nouvelle-Écosse comprend quatre collectivités :

Halifax, Dartmouth, Bedford et le comté de Halifax. Sa population de 350 000 habitants est répartie sur un territoire de 2 224 milles carrés et varie entre des établissements urbains à grande densité et collectivités rurales. La quête d'une nouvelle stratégie de gestion des déchets solides a commencé au début des années 1990, quand le site d'enfouissement de déchets bruts de la région est arrivée à pleine capacité et a commencé à dégager des odeurs et à créer d'autres problèmes. Les problèmes ont été tels qu'ils ont forcé la municipalité à reprendre certaines maisons et à dédommager d'autres résidants du secteur. Cette situation a rendu les résidants méfiants envers les méthodes traditionnelles de gestion des déchets et moins confiants envers les employés municipaux et les politiciens qui élaborent des nouvelles méthodes de gestion viable. En 1994, après de nombreux débats, le ministre provincial de l'Environnement a rejeté une proposition visant à remplacer le centre d'enfouissement des déchets par un nouvel incinérateur. En même temps, le gouvernement provincial a annoncé la mise en place de nouvelles mesures législatives qui exigeaient le tri à la source et le réacheminement des déchets.

Afin d'élaborer une nouvelle approche, la MRH a invité le public à s'engager dans un nouveau comité d'intérêt communautaire par le biais d'un processus de concertation d'une durée d'un an. Les résidants ont bien accueilli le principe des réunions publiques. Un groupe régulier de 300 personnes a assisté à chaque réunion et a finalement formé le comité.

Quand le comité a proposé une nouvelle stratégie de gestion intégrée des déchets et des ressources en mars 1995, les quatre collectivités et finalement la MRH ont utilisé des éléments clés de la stratégie comme base du nouveau système de gestion des déchets solides. Le choix du calendrier était crucial pour coordonner tous les aspects de la stratégie, qui comprenait entre autres la sensibilisation, la construction, la négociation de contrats et les demandes de proposition pour les différentes installations.

La MRH s'était engagée envers la collectivité à fermer l'ancien centre d'enfouissement des déchets et avait signé un contrat avec le comté de Cumberland pour orienter tous les déchets vers son installation pour une durée d'un an, avec l'option de prolonger cette période de six mois ou d'une année complète. Durant cette période, la MRH a réussi à mettre en vigueur sa nouvelle stratégie de gestion de déchets. La mise en place définitive est venue après la construction de deux nouvelles usines de compostage et d'une nouvelle installation de stabilisation et d'évacuation des déchets.

Tout le processus fut de grande envergure en raison de l'étendue même de la région. Il n'y avait aucun projet comparable en Amérique du Nord.

 

Résultats


La MRH a atteint ses objectifs clés à court terme au cours de la première année d'exploitation et elle est en bonne voie d'atteindre ses objectifs à long terme.

1. Maximiser le concept des trois R (réduire, réutiliser et recycler)

En 1999-2000, les résidants et les entreprises de la MRH ont réacheminé 43 p. 100 des déchets qui auraient normalement été acheminés au site d'enfouissement, totalisant ainsi 36 000 tonnes de déchets organiques et 22 000 tonnes de matières recyclables, y compris des produits blancs (des appareils ménagers en métal tels que des cuisinières, des réfrigérateurs, des laveuses et des sécheuses).

2. Maximiser la durabilité de l'environnement et réduire les coûts

Le nouveau système s'est avéré respecteux de l'environnement et la MRH a fermé son seul site d'enfouissement de déchets bruts. La stratégie a permis de réduire le taux annuel d'émissions de gaz à effet de serre (surtout du méthane) d'environ 1,4 tonne par résidant selon la quantité de matières organiques réacheminée du site d'enfouissement à deux nouvelles usines de compostage et par l'utilisation d'une installation de stabilisation des déchets (un genre d'usine de compostage) pour les matériaux non inertes. Le fonctionnement de cette installation est similaire à la méthode de collecte sous vide des matériaux, ce qui élimine les problèmes de fuite de liquides toxiques.

Le système était aussi économique. La MRH a introduit le nouveau système sans avoir à augmenter l'impôt foncier en conséquence ou même à augmenter de façon très substantielle les redevances de déversement. L'ensemble des coûts étaient comparables aux estimations précédentes des coûts liés à l'incinération pour une exploitation au même niveau. Le nouveau système a aussi permis de créer 125 nouveaux emplois permanents dans une vaste gamme de domaines pour les différentes installations (c.-à-d., trieurs de déchets, personnel administratif des bâtiments de pesage, conducteurs de matériel et techniciens de laboratoire au site d'enfouissement).


3. Favoriser la bonne gestion et les valeurs d'une société de conservation

Les taux de participation ont été d'environ 90 p. 100 après la première année et la vaste majorité des gens ont été fiers de participer à un projet d'une si grande envergure et couronné de tant de succès. Un nombre croissant d'entreprises et d'institutions ont aussi adopté le concept de tri des déchets organiques et recyclables. Ce qui auparavant était un problème environnemental et politique majeur pour la collectivité était devenu une source importante de fierté collective.

 

Leçons tirées


Ce qui a fonctionné et pour quelle raison

Grâce au dévouement et à la collaboration du comité d'intérêt communautaire bénévole, la MRH a appris qu'il était possible de mettre en place un nouveau service municipal avec un taux considérable de participation communautaire et de tirer profit de cette même participation pour mettre en oeuvre et surveiller le nouveau système.

Ce qui n'a pas fonctionné

Même si la plupart des éléments du nouveau système ont bien fonctionné, la MRH a eu des problèmes avec la capacité de production prévue de l'installation de traitement préliminaire d'Otter Lake qui n'a pas été en mesure de traiter une quantité de déchets suffisante comparativement au volume produit dans la Ville. Cette incapacité était surtout attribuable aux variations quotidiennes et saisonnières ainsi qu'à l'économie active de la région. Même s'il a été nécessaire d'exporter une partie des déchets vers un autre site d'enfouissement municipal au cours de la première année d'exploitation, une expansion de deux millions de dollars a finalement permis de résoudre ce problème de capacité. La MRH s'attendait à réduire les problèmes de nuisance du premier été associés à l'utilisation des chariots verts (surtout les mouches à fruits) grâce à l'expérience et à la sensibilisation du public.

Le projet de sensibilisation par la mise en place d'ateliers informels de quartier n'a pas fonctionné comme prévu. Dans une région de la taille de la MRH, propager l'information de bouche à oreille s'est avérée inefficace.

Ce qui aurait pu être fait différemment

En rétrospective, il aurait été préférable que les usines de compostage aient été fonctionnelles bien avant l'achèvement de la nouvelle installation de traitement préliminaire et des installations d'élimination des résidus connexes. Ceci aurait donné plus de temps pour permettre aux résidants et aux entreprises de s'habituer au tri des matières organiques avant la mise en service de l'installation de traitement et de stabilisation des déchets provenant du site d'enfouissement sans déchets organiques. Les problèmes de capacité survenus la première année auraient été moindres et les taux de participation auraient été plus élevés, surtout parmi les entreprises et les institutions.

Il aurait été avantageux aussi d'investir plus de temps et d'argent dès le départ afin d'éduquer les résidants sur les types d'installations et le choix des emplacements, ainsi que sur des préoccupations comme celle des odeurs dégagées par les usines de compostage.

Quelles leçons peuvent être utiles à d'autres

Si l'on juge par le nombre de visites et de demandes reçues de la part d'autres collectivités canadiennes et étrangères, plusieurs leçons peuvent êtres tirées de l'expérience de Halifax. La MRH a prouvé qu'un système communautaire de réacheminement des déchets en quatre étapes peut fonctionner dans un environnement urbain et elle a montré une nouvelle approche pour établir un site d'enfouissement sans déchets organiques. Son système démontre un progrès significatif par rapport aux technologies existantes liées à l'enfouissement des déchets bruts ou à l'incinération des déchets, et il a été mis en oeuvre selon des contraintes financières raisonnables pour une ville de 350 000 habitants.

Mise à jour : 26/11/2013