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Les services internet haute vitesse à large bande : un outil essentiel pour les collectivités rurales et du Nord du Canada (10/04/2016)

Cette lettre ouverte a été publiée dans le Huffington Post Québec le 5 mai 2016

Par Raymond Louie, président, Fédération canadienne des municipalités

Un sujet très important et longtemps négligé commence à s'imposer au Canada : comment s'assurer que de grandes parties de notre pays ne soient plus coupées d'un service essentiel qu'on tient pour acquis ailleurs, c'est-à-dire, l'accès à internet haute vitesse. Jusqu'ici, nombre de Canadiens de collectivités rurales, éloignées et nordiques ont dû se satisfaire de services en ligne médiocres et intermittents, alors que d'autres ont été carrément privés de services internet haute vitesse. Il faut savoir qu'au Canada, les normes sur les vitesses de téléversement et de téléchargement sont beaucoup plus basses que dans de nombreux pays industrialisés.

En 2016, la construction d'une superautoroute de l'information pancanadienne est aussi importante pour l'avenir de notre pays que la construction du chemin de fer transcontinental a pu l'être il y a 130 ans. Vraiment, il est devenu presque impossible de s'en passer. Mettez-vous à la place du propriétaire d'une petite entreprise privé de services internet haute vitesse qui essaie de se faire une place au soleil dans l'économie mondiale d'aujourd'hui. Ou du patient qui attend des résultats de tests médicaux cruciaux, mais qui ne les a pas encore reçus parce qu'ils ne sont pas accessibles en ligne. Ou encore du jeune homme ou de la jeune femme qui n'a pas accès aux cours en ligne qui lui permettrait d'améliorer ses compétences comme il ou elle le souhaite.

En réalité, de nombreux Canadiens sont forcés de s'en passer. Selon un récent rapport du Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC), seulement une fraction des gens et des entreprises des collectivités rurales et éloignées ont accès aux vitesses de téléversement et de téléchargement qu'on trouve à peu près partout dans nos centres urbains. Par exemple, au Canada, près de 100 % de la population urbaine a accès à des vitesses de téléchargement de 16 à 25 mégaoctets (Mb/s), comparativement à seulement 29 % de la population rurale. C'est tout un écart — et il faut y mettre fin.

Non seulement un grand nombre de nos concitoyens sont coupés de services essentiels, mais ils sont ainsi empêchés de participer pleinement à la société canadienne et d'apporter des idées et des innovations comme celles qui ont fait la prospérité de notre grand pays. Les régions rurales comptent 30 % de la population canadienne et représentent le tiers de notre production économique. Il est grand temps de faire passer les services internet en haute vitesse dans les collectivités rurales et nordiques du pays.

Heureusement, les choses progressent, et plutôt que de se demander si l'accès à une couverture à large bande est un service essentiel, on se demande maintenant comment travailler ensemble au Canada pour qu'elle soit étendue à tous.

Le président du CRTC, Jean-Pierre Blais, a parlé récemment de l'importance de se doter d'une stratégie cohérente pour le déploiement des services internet à l'échelle nationale au Canada. En tant que leaders municipaux, nous sommes entièrement d'accord avec lui, et avec tous ceux qui soutiennent qu'il faut un effort collectif de tous les milieux — CRTC, gouvernements, secteur privé - pour y arriver.

Le CRTC tient des audiences actuellement afin d'améliorer sa compréhension de la connectivité à large bande dans l'ensemble du Canada. La FCM a comparu devant le CRTC le 15 avril afin de défendre le principe que l'accès aux services haute vitesse à large bande doit faire partie des services essentiels. Cela veut donc dire qu'il faut établir des mécanismes de financement pour assurer un accès universel dans des régions non desservies par des investissements privés ou des programmes de financement ciblés du gouvernement.

Toutefois, reconnaître que les services haute vitesse à large bande sont un service essentiel n'est qu'une partie de la solution. Le CRTC doit également faire en sorte que le système s'adapte aux changements technologiques constants en révisant régulièrement les cibles de vitesse des services à large bande du Canada. Autrement, nous courons le risque de planifier le meilleur réseau qui soit, avec les normes de vitesse les plus actuelles, pour nous rendre compte demain que ce système ne répond déjà plus aux besoins des Canadiens.

Le Canada doit aussi s'assurer que notre réseau national est équipé de connexions d'appoint dans les régions où les pannes de services internet peuvent durer des jours et même des semaines. Dans les régions éloignées, par exemple, réparer un simple câble peut être long et compliqué, tandis que dans le Nord, rien n'est prévu pour prendre le relais lorsque les services par satellite font défaut.

Assurer à tous l'accès à des services haute vitesse exigera des investissements publics et privés considérables. Nous devrons donc tous travailler ensemble pour bâtir ce réseau. La FCM s'est réjouie que le gouvernement fédéral ait prévu 500 millions de dollars supplémentaires sur cinq ans dans son récent budget afin d'élargir les services à large bande aux collectivités rurales et éloignées. Ces investissements pourraient beaucoup changer la vie des Canadiens des régions mal desservies, et devraient entrer dans les considérations du CRTC lorsque celui-ci explorera des moyens de financer la mise en œuvre d'un accès universel aux services à large bande.

Les Canadiens ont toujours été prêts à travailler ensemble pour que tous profitent de la qualité de vie que nous attendons et qui nous revient de droit. Aujourd'hui, la tâche consiste à rallier les gouvernements, les entreprises et les consommateurs afin de s'assurer que, peu importe où nous vivons, une économie solide et des municipalités branchées et dynamiques sont toujours à notre portée, au moyen d'un simple clic de souris.

Mise à jour : 02/03/2017