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Le renforcement de notre pays passe par le renforcement de nos villes (19/09/2016)

Cette lettre ouverte a été publiée dans le journal The Hill Times le 19 septembre 2016

Par Don Iveson    

Le Canada aura 150 ans l'année prochaine. Notre pays a grandi et compte aujourd'hui 10 provinces, trois territoires et des milliers de villes où résident des millions de Canadiens. La façon dont nous décidons de collaborer aujourd'hui - immédiatement - aura des effets considérables sur l'avenir du Canada.

Le gouvernement fédéral a proposé une vision pour moderniser les infrastructures publiques afin d'offrir aux Canadiens une qualité de vie comparable aux meilleures du monde. Cependant, son potentiel transformateur dépend fortement des décisions qui seront prises au cours des semaines et mois à venir.

Au début de septembre, la Fédération canadienne des municipalités a dirigé une délégation de maires à Edmonton pour une réunion trilatérale sans précédent avec les ministres fédéraux, provinciaux et territoriaux responsables des infrastructures du Canada. Cette première réunion historique était une étape importante pour notre partenariat grandissant. Malgré la complexité des discussions, notre message est demeuré simple : le renforcement de notre pays passe par le renforcement de nos villes.

Ceci n'est pas un slogan - il s'agit de notre meilleur conseil d'investissement.

Le Canada fait face à des défis importants - l'emploi, la productivité, les changements climatiques, le logement. Ces défis ont une portée nationale, mais nous en ressentons tous les effets localement. La meilleure façon de s'attaquer à ces défis nationaux est d'investir systématiquement dans les solutions à l'échelle locale.

En ce qui concerne les changements climatiques, par exemple, les municipalités ont déjà élaboré certaines des meilleures pratiques en matière de réduction de la consommation de carbone au Canada. Aujourd'hui, le meilleur potentiel de réduction des émissions nationales de gaz à effet de serre - de 20 à 55 mégatonnes - réside dans l'adoption à plus grande échelle d'innovations municipales en matière d'améliorations écoénergétiques des bâtiments, de chauffage urbain, de systèmes de valorisation des déchets à zéro émission, et plus encore.

Nous savons que les transports collectifs facilitent le déplacement d'un plus grand nombre de personnes plus rapidement, et dans certaines villes comme Edmonton, plus de gens se déplacent tous les jours par trains légers que sur nos routes et autoroutes les plus fréquentées. Les villes ont déjà préparé des projets d'agrandissement qui réduiront les temps de déplacement et allégeront la congestion routière. Ces projets produiront des résultats à l'échelle nationale - en facilitant le transport des biens et de la main-d'œuvre, nous réduirons les émissions et recouvrerons une partie importante des 10 milliards de dollars en perte annuelle de productivité due à la congestion routière.

Le gouvernement a judicieusement séparé en deux phases les nouveaux investissements dans les infrastructures. La première phase est déjà bien entamée, appuyant la réalisation de projets de réfection cruciale des infrastructures de base et la planification de projets de grande envergure. La deuxième phase représente quant à elle la plus importante part du gâteau, comptant pour 80 pour cent de l'engagement financier. Le potentiel transformateur des mesures à venir est énorme, mais deux choses doivent se réaliser pour en débloquer le plein potentiel.

Premièrement, la phase 2 doit outiller l'expertise locale afin de faire progresser les meilleurs projets locaux.

Toutes les collectivités sont uniques. Les gouvernements locaux sont les mieux placés pour évaluer les besoins locaux - et ils ont fait leurs preuves en matière d'actions efficaces. Pour réaliser le plein potentiel de cet engagement financier, les investissements considérables pourraient être accordés aux municipalités sous forme d'octrois stables et prévisibles afin d'accélérer le processus. Ceci permettrait aux municipalités de bien planifier les projets, de mettre le savoir local à contribution et de remplir chaque saison de construction de projets productifs. Un mode de financement par affectations garantit également qu'aucune collectivité ne sera laissée pour compte - un aspect essentiel à tout plan de renforcement national sérieux.

Deuxièmement, la phase 2 doit s'appuyer sur des contributions financières équitables pour tous les ordres de gouvernement.

Le gouvernement fédéral a fait preuve d'un solide leadership dans la phase 1, augmentant sa contribution maximale à 50 pour cent des coûts d'immobilisations d'un projet. Cela démontre que les contraintes budgétaires inhérentes aux gouvernements locaux ont été un véritable obstacle à la construction des infrastructures nécessaires à la croissance de notre économie. Si cet engagement du gouvernement fédéral se poursuit dans la deuxième phase - et si les provinces assument leur juste part -, il est très probable que nous réalisions des progrès remarquables.

Les gouvernements locaux ont construit, exploité et entretenu 60 pour cent des infrastructures publiques du Canada - tout cela avec seulement 8 à 10 sous de chaque dollar versé en impôt par les Canadiens et une obligation légale à préparer des budgets équilibrés prudents. Par nécessité, les villes sont donc devenues des gestionnaires de projet et financiers d'expérience. Imaginez ce que les gouvernements locaux pourront accomplir avec de nouveaux outils et un partenariat renouvelé.

Ce partenariat renouvelé est la clé. Il s'agit de notre occasion pour mettre en place un partenariat basé sur les forces que tous les ordres de gouvernement ont développées au cours des 150 années du Canada. Le gouvernement fédéral apporte sa vision nationale et son plan d'investissement. Les gouvernements provinciaux et territoriaux sont les défenseurs des priorités provinciales et régionales. Les gouvernements municipaux fournissent des solutions locales rentables produisant des résultats de portée nationale.

Au 19e siècle, nous avons construit ce pays en plantant les crampons des rails reliant nos différentes régions. Au 20e siècle, nous avons favorisé le commerce et la diversité en nous ouvrant sur le monde par la construction de nos ports et réseaux routiers. Le Canada de demain pourra compter sur de grandes villes dynamiques grâce à leurs systèmes de transports de calibre mondial, ainsi que sur des régions rurales prospères soutenues par des infrastructures modernes pour les aider à relever le défi des changements climatiques.

J'ai été très encouragé par ce que j'ai vu à nos réunions du 7 septembre à Edmonton - trois partenaires gouvernementaux concentrés sur la chose la plus importante : produire de véritables résultats pour les Canadiens. Si nous pouvons continuer de placer les gens avant la politique, et nous engager à réserver un rôle central aux municipalités, les Canadiens auront de quoi se réjouir.

Don Iveson est le maire de la Ville d'Edmonton. Il est également le président du Caucus des maires des grandes villes de la Fédération canadienne des municipalités (fcm.ca).

Mise à jour : 19/09/2016